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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 14:44

http://pantheresenragees.org/compte-rendu-de-la-rencontre-internationale-de-lanarchisme-a-saint-imier-suisse/

 

Affiche_RIA_Correcte.jpg

Il y a 140 ans, en opposition à l’internationale de Karl Marx, Bakounine et d’autres anarchistes anti-autoritaires se sont réunis pour former une internationale non-autoritaire s’opposant à l’internationale autoritaire des communistes.

Pour fêter cet évènement et poursuivre cette initiative, des anarchistes – et plus précisément les différentes fédérations anarchistes regroupées sous l’IFA (International Anarchist Federation) – ont organisé la Rencontre Internationale de l’Anarchisme.

Des membres des Panthères Enragées se sont rendus sur place pour se retrouver entre anarchistes, et rencontrer de nombreux militants venus du monde entier.

Ces rencontres proposaient des débats, conférences, projections, concerts autour de l’anarchisme. Cette rencontre a eu un franc succès, avec plus de 3 000 personnes présentes et les salles de débats continuellement pleines à craquer.

Au vu du programme officiel, nous étions particulièrement intéressés par la conférence/débat organisée sous le titre « Anarchisme et condition animale ». Elle a eu lieu dans la salle de concert de l’espace noir, un endroit assez exigu, surtout pour le grand nombre de personnes présentes, beaucoup de francophones, mais aussi pas mal d’anglais / américains. Trois intervenants étaient présents, un militant de la CNT, un militant de la FA (fédération anarchiste) français, et un militant animaliste suisse. Au départ les intervenants ont lu deux textes de célèbres anarchistes (le premier d’Elisée Reclus que vous pouvez consulter ici, et le second de Louise Michel disponible ici), ils ont ensuite demandé au public de découvrir qui en étaient les auteurs, le but étant d’inciter le public à établir des liens entre anarchisme et condition animale. La forte présence de militants vegans – qui nous a surpris et réjouis – a permis de répondre assez rapidement à la question.

En introduction, ils ont rappelé que c’était une chance de pouvoir faire ce débat, compte tenu des grandes difficultés à l’organiser (débats très polémiques au sein du milieu anarchiste institutionnalisé), et que cela marquait une grande évolution du milieu anarchiste.

A l’origine, les réunions entre organisateurs se sont déroulées sans que rien ne soit prévu pour les végétariens / vegan-e-s, les organisateurs végétariens se sont donc retrouvés entre eux pour manger, et en discutant de cette situation, ils ont eu alors l’idée de la conférence.

Par la suite, il fut expliqué en détail les raisons personnelles de l’arrêt de la consommation de viande par chaque intervenant, et les motivations politiques, anticapitalistes du végétarisme. Les arguments étaient centrés sur le végétarisme. Assez rapidement après la présentation, pendant le débat, le veganisme est devenu l’un des thèmes majeurs.

Nous avons entendu une critique de certaines actions antispécistes de type veggie pride, lors desquelles la plupart des manifestants condamnaient les slogans politiques comme « Pas de côte de boeuf, pas de bottes de keufs », ou les actions spontanées de type occupation du Macdo ou du KFC.

Quelques critiques ont été émises contre le végétarisme / veganisme, parmi lesquelles la résistance anticapitaliste qu’organisent certaines éleveurs, en manifestant contre les puces électroniques devenues obligatoires pour leur « bétail », considérant cela comme « une anticipation, une expérience préalable sur les animaux pour ensuite s’appliquer sur l’homme pour mieux le contrôler ».

Nous avons également entendu l’argument « Mais comment va t-on faire si tout le monde fait un jardin vivrier ? C’est impossible, il faut plusieurs hectares par personne pour vivre ! ». Il a été rappelé qu’un régime végétarien/vegan nécessite beaucoup moins de terre, d’eau et consomme beaucoup moins de ressources en général, qu’un régime carné, de plus « plusieurs hectares par personne pour vivre » nous paraît légèrement exagéré.

Quelqu’un a pris la parole pour dire qu’il fallait assumer ses choix de vie, et que lui-même assumait tous ses actes, il a donc précisé : « Un jour, quand j’ai eu vraiment envie de manger du fromage, je suis allé dans une ferme à côté de chez moi, et après m’être renseigné sur la façon de procéder auprès de l’éleveur, j’ai tué un chevreau, pour pouvoir prendre le lait de sa mère, et me faire du fromage. » Cette intervention a soulevé de nombreuses indignations, particulièrement lors de sa traduction en anglais, où la personne, ne souhaitant pas leur traduction, a probablement pris conscience de ses paroles, en les entendant à nouveau.

Une autre personne : « Je suis sensible à plusieurs arguments énoncés précédemment, mais moi je suis agriculteur, j’utilise des chevaux de trait pour cultiver mes champs, et je ne vois pas le problème de faire travailler des animaux, c’est un travail à deux, l’homme avec l’animal, ensemble dans le labeur ». De nombreuses personnes étaient d’accord avec cette intervention, et le débat a duré quelques temps sur ce point précis, soulevant de vives protestations de part et d’autre.

A la fin de la conférence / débat, nous avons abordé le sort des prisonniers de la cause, et nous avons distribué notre tract sur l’Anarchisme et la Libération Animale. Le débat a duré très longtemps, et nous ne pouvons pas résumer ici l’ensemble des discussions, nous retranscrivons juste quelques éléments que nous avons conservés en mémoire. Nous rappelons que le débat a été enregistré pour Radio Libertaire, il sera disponible prochainement sur leur site, et nous le mettrons un lien vers celui-ci bientôt. Nous avons pu par la suite parler de notre collectif et noué des contacts avec différents anarchistes vegans présents à ce débat, (ou par la suite, lors du rassemblement).

Dans l’ensemble, le rassemblement était bien organisé d’un point de vue technique, il y avait différents campings disponibles, le nôtre était équipé de sanitaires, de douches chaudes, ainsi qu’un petit déjeuner vegan servi sur place.

La nourriture était préparée par une coordination internationale réunissant plusieurs groupes de cuisine populaire, vegane et bio, proposant trois repas par jour pour moins de 8 euros (prix indicatif), et fonctionnant à prix libre pour laisser à chacun la possibilité de manger, même sans revenus. Les repas étaient très bons et copieux, le pain délicieux, d’ailleurs nous avons rencontré le boulanger vegan et quelques volontaires qui l’aidaient : il se levait à 4h du matin et finissait à 22h pour proposer plus de 180 kg de pain à tout le rassemblement et pour tous les repas. Nous tenons à le remercier et le féliciter, ainsi que toute l’équipe des cuisines pour avoir fait partager magistralement la nourriture vegane à tout un rassemblement, de plus, une nourriture extrêmement délicieuse !

La petite ville suisse de Saint-Imier était dédiée à ces rencontres avec presque 8 lieux disponibles dont celui de l’organisation anarchiste locale : « l’Espace Noir ».

Nous devons tout de même formuler plusieurs critiques vis à vis de ces rencontres, tout d’abord l’omniprésence d’un programme préétabli par une équipe d’organisation qui ne laisse aucune place aux initiatives spontanées. Un programme qui évite de traiter en profondeur les principales dominations de notre société capitaliste ; le spécisme, le sexisme, l’homophobie, l’antisémitisme etc. Les initiatives allant dans ce sens ont été individuelles comme l’organisation de réunions/débats féministes en non-mixité (présence également de réunions non-mixtes d’hommes sur le patriarcat). Pourtant, nous ne disposions pas de lieu pour mener les réunions et discussions parallèles. Nous devons également regretter la présence de propos misogynes ou homophobes prononcés par certaines personnes, et la non prise en compte de ces problématiques quotidiennes dans ce rassemblement. Divers groupes ont pu s’organiser sans aide de l’organisation, pour produire des travaux passionnants. De plus, dans cette rencontre anarchiste nous devons déplorer la trop forte présence et importance de l’argent, des concerts payants presque tous les soirs, un camping payant etc. En réaction à cela, il y a eu un troisième camping gratuit et auto-géré qui s’est construit durant le rassemblement.

 

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Ce qui nous a le plus marqué c’est que nous avons découvert qu’à « l’Espace Noir », un homme (extérieur au mouvement anarchiste et faisant du commerce) faisait cuire des saucisses sur un énorme barbecue, pour vendre des hot-dogs. L’odeur de cadavre envahissait tout le bar et la cour, où de nombreuses personnes se réunissaient chaque soir après les conférences, pour profiter des concerts.

Contre ce barbecue, des actions spontanées se sont rapidement mises en place :       Des vegan-e-s ont commencé par mettre de la crotte de chien dessus, puis un autre soir ont jeter sur les saucisses un mélange d’urine et d’excréments (ce qui n’a pas empêché les consommateurs de viande d’en manger).

Ayant constaté ce barbecue et entendu parler de ces actions spontanées, nous avons décidé le jour suivant de nous réunir entre vegan-e-s. Par la suite, nous avons décidé, à 15 /20 vegan-e-s, de bloquer le barbecue et d’empêcher la vente de viande sur ce festival anarchiste. Nous avons débarqué et formé une chaîne humaine tout autour du barbecue pendant que les saucisses étaient données aux chiens. Nous avons lu un texte écrit collectivement, et avons crié des slogans (« There is no excuse for animal abuse !!! » – « Il n’y a pas d’excuse pour la maltraitance animale !!! »).

A ce moment là, la tournure des évènement est devenue assez « folklorique », et nous avons subi une série de violence : L’homme du barbecue à pris sa spatule pour brûler un camarade, il en a mordu un autre, des gens ont aspergé de vins des militant-e-s, un homme a tenté de nous frapper, d’autres nous ont giflé, poussé. On nous a traité de fachos, nazis, islamistes, on nous a demandé qui était le responsable de tout ça, certains se sont offusqués de voir une telle action directe dans un rassemblement anarchiste. (« Ils font ça ici !!?? »). Quelques sympatisant-e-s dont des copines féministes (non veganes) sont venus tenter de nous défendre, aidés d’autres personnes, et ont fait spontanément le lien avec le combat féministe (« Tous les combats ont commencés comme ça, le combat féministe aussi ! »). Nous étions tout autour du barbecue, faisant une chaine humaine, tournés vers la foule, dont certaines personnes s’étaient rapprochées. Beaucoup d’entre nous avons eu des débats houleux avec certains, dans une mauvaise foi et une agressivité impressionnante la plupart du temps. Après moult slogans et autres bousculades, dans un brouhaha total, nous avons réussi à obtenir ce que nous voulions, le barbecue a été retiré, et jusqu’à la fin du rassemblement il ne devait pas réapparaître.

Juste après l’action, tout le rassemblement ne parlait que de ça, en bien ou en mal, mais tous en parlaient, nous avons entendu de nombreuses conversations et débats spontanés sur le chemin menant au camping, dans les salles de conférences….Parmi les anecdotes nous pouvons citer par exemple un anarchiste qui nous a dit « mais qu’ils rentrent chez eux les vegans », auquel un camarade a répondu « Mais on n’a pas de pays, on rentre en « Veganie » alors ? »  Un organisateur nous racontait qu’il avait du calmer un homme qui disait « Dans une fête de village ont les aurait tabassés » et il lui a été répondu « Mais en fait, ici, c’est une rencontre politique et pas une fête de village ! »

Le lendemain, pour expliquer l’action, le groupe qui avait organisé l’action (auquel nous faisions partie), ont organisé une grande discussion, où sont venues assister une centaine de personnes pour discuter et débattre du veganisme et de l’anarchisme. Nous avons pu parler du spécisme, de la cohérence à être anarchiste et de ne pas manger de viande, de l’importance, non pas d’empêcher tout le monde de manger de la viande, mais de faire d’un lieu politique un lieu où toutes les luttes, dont l’antispécisme peuvent avoir leur place, etc.

Pour finir, devant les 3000 personnes du meeting de clôture nous avons pris la parole à son ouverture, grâce à l’aide de certaines camarades féministes, pour expliquer les raisons de l’actions, les retours que l’on avait pu avoir, et pour revenir sur l’incohérence de manger de la viande lorsqu’on est anarchistes.

La vidéo est disponible et sous-titrée en français ci dessous :

 

Nous pouvons ainsi nous féliciter que tout le monde, dans ce rassemblement, a entendu parler du veganisme, des personnes ont par la suite lancé des débats sur l’antispécisme au sein de leurs organisations anarchistes en rentrant dans leurs pays respectifs, d’autres sont devenus végétarien-ne-s en pensant à devenir vegan-e-s, comme quoi, parfois l’action directe peut très bien fonctionner !!!

 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 19:40

http://www.farennes.org/index.php/reunions--annonces/19-rennes-mercredi-2-mai-18h-republique-la-fa-organise-un-meeting-de-rue

 

L' abstention sans projet émancipateur ne mène pas loin.

Mais peut-on encore croire que les élections peuvent améliorer notre vie ? La Finance qui décide.

Après le cirque électoral, les mesures anti-sociales seront-elles abrogées et les plans d'austérité suspendus ? Non, le pouvoir sera encore aux mains des possédants.

Les anarchistes tâcheront avec tous ceux qui en sont d’accord de reconquérir les droits perdus et en arracher de nouveaux par la lutte dans les entreprises et les quartiers mais aussi par les expériences alternatives (coopératives, squatts...),  en élaborant collectivement les mandats impératifs avec des mandatés révocables en lieu et place de promesses électorales et d'élus incontrôlables.

C’est pour présenter ces perspectives et les discuter que le groupe » La Sociale » de la Fédération anarchiste a appelé à un meeting de rue Mercredi 2 mai à 18 heures Place de la République à Rennes.

 

 

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 14:40

https://fa86.noblogs.org/?p=5313

 

ago470x394rk1« Voter, c’est le principe de la démocratie » entend-on. D’accord, mais de quoi décidons-nous réelle­ment ? Par exemple, qui a fait le choix de produire de l’électricité à partir de réacteurs nucléaires ? Qui a décré­té que nous devions manger des tomates insipides quelque soit la saison ? D’où vient l’idée de mettre de l’huile de palme dans les biscuits ? Qui a choisi d’ingurgiter des antibiotiques en buvant l’eau du robinet ? Pourquoi a-t-on développé le transport routier et négligé le fret ferroviaire ? Qui a décidé qu’il faut plus de tableaux numériques et moins de professeurs à l’école ? Pourquoi sommes-nous incités à changer de machine à laver tous les six ans ? Qui dé­cide de déclarer la guerre ?

Ces décisions, ce n’est pas la population qui les prend. Nous ne décidons ni de ce que nous respirons, buvons ou mangeons, ni de la manière dont nous nous déplaçons, ni du bois dont nous nous chauffons. La no­tion même de démocratie est absente de la totalité de notre existence, à commencer par un lieu aussi vital que notre lieu de travail : nous ne pouvons décider ni de ce que nous produisons, ni de la façon dont le travail s’ef­fectue. Le simple fait de critiquer publiquement l’entreprise où nous travaillons, via les réseaux sociaux par exemple, est un motif de licenciement.

Bien sûr, nous sommes conviés une fois par an environ à voter aux diverses élections . Mais cette masca­rade ne nous donne aucun pouvoir réel. Et cela, pour plusieurs raisons :

1. Aux élections, nous ne votons pas directement des lois. Nous ne faisons qu’élire un représentant, qui votera à notre place. Ce système représentatif pose plusieurs problèmes. D’abord, nous choisissons notre représentant sur son aura médiatique et sa capacité à jouer sur l’émotionnel, ce qui a peu a voir avec la conduite d’un pays. Et ensuite, pour peu qu’il ait un programme défini et cohérent, ce n’est qu’un patchwork d’idées qui tentent de rafistoler nos sociétés qui s’effondrent. Enfin, et surtout, une fois élu, il peut renier ses promesses, ce qu’il fait systématiquement. Nous n’avons aucun moyen de le révoquer avant le terme de son mandat. Nous ne pourrons alors que le remplacer par un autre, et ainsi de suite.

2. C’est donc le système représentatif lui-même qui est ici à rejeter. Même si l’on arrivait enfin à mettre au pouvoir les « bons » dirigeants, les plus « honnêtes » ou les plus « capables », cela ne changerait rien d’essentiel. Car l’élection se fait sur un programme basé sur la situation en cours au moment du vote, ce qui sous-entend que celle-ci demeurera inchangée jusqu’à la fin du mandat. Mais tel ne peut jamais être le cas, et on entend toujours les élus se justifier en évoquant des « imprévus » qui les ont « contraints » à modifier leur politique… Quels seraient donc les plus aptes à définir la politique à suivre à chaque instant, sinon les plus directement concernés, c’est-à-dire la société dans sa totalité ?

3. Les élus forment un monde à part, un monde fermé où se jouent leurs luttes d’influence et où dominent les intérêts privés. Lorsque nous voulons mettre le nez dans leurs affaires (c’est-à-dire dans nos affaires, les affaires publiques), nous devons vite comprendre que cela ne nous regarde pas, que ce sont des ques­tions complexes, qui doivent être débattus entre spécialistes. Mais dès qu’il s’agit de rendre compte de notre réalité complexe, leurs discours sonnent creux. Ils ne donnent de cette réalité qu’une image gros­sière, déformée par leurs schémas de pensée réducteurs.

4. L’oligarchie mondialisée impose désormais ses décisions via des institutions qui échappent à tout contrôle des peuples : le FMI, la Banque mondiale, la BCE, etc. Les lois, les normes qui règlent les as­pects de notre vie sont de plus en plus directement rédigées par des lobbies. Il est d’ailleurs frappant de voir combien la société civile a repris ces pratiques. Il y a de moins en moins de projet de société, mais de plus en plus des clientèles plus ou moins bruyantes qui cherchent à attirer l’attention du futur Prince en lui promettant leur voix : syndicats, corporations, associations, cercles d’intérêts, etc.

Scrutin après scrutin, le sentiment de frustration augmente. D’un côté, nous avons conscience que choi­sir nos dirigeants est un droit exceptionnel dans l’histoire de l’humanité, et que nous ne sommes ni en Syrie, ni en Corée du Nord. De l’autre, nous constatons chaque jour que ce droit ne nous donne aucun pouvoir réel, si ce n’est celui de se maintenir dans le statut bien confortable d’éternel enfant, en abandonnant nos responsabilités individuelles et collectives à des « grands ». Nous avons beau déserter les partis, discréditer les élus, disperser nos voix, décider à la dernière minute, voter utile, ou « anti-système », blanc ou nul, nous abstenir ou faire les pieds au mur : derrière l’alternance formelle des cliques au gouvernement, l’oligarchie reste aux commandes. Or, cette oligarchie est à mille lieux de proposer des solutions viables aux crises et catastrophes qui frappent nos sociétés. Sa seule préoccupation, c’est son règne exclusif et son profit immédiat. Elle n’a, comme projet de société à nous proposer, que la corruption généralisée, l’obses­sion de la croissance et des paillettes.

Le système électoral actuel est une impasse. Face à cette impasse, nous n’avons que deux possibilités.

- Soit nous continuons à nous décharger de nos responsabilités et à déléguer notre pouvoir à d’autres. Mais si nous pensons d’avance que ces autres sont foncièrement corrompus et mal intentionnés, nous devons nous poser la question : devons-nous nous obstiner à leur fournir le bâton avec lequel ils nous tapent dessus ? Et, surtout, jusqu’à quand ?

- Soit nous prenons nos responsabilités. Cela implique de rompre avec le rôle passif auquel le système re­présentatif nous cantonne. Cela ne sera pas facile, car cette passivité est ancrée en chacun d’entre nous. Cela implique aussi de renouer avec des pratiques démocratiques étrangères au système représentatif, et que dé­couvrent tous les gens qui luttent : des mandats impératifs et révocables pour tout délégué, le tirage au sort pour les désigner, des assemblées délibératives et souveraines, une rotation permanente des tâches, et surtout, une vi­gilance permanente.

Ce second choix est le nôtre. Nous refusons de continuer à légitimer un système qui refuse l’égalité poli­tique en proclamant que les choix collectifs doivent être confisqués par quelques-uns. L’abstention n’a de sens pour nous que si elle s’inclut dans un projet de démocratie directe. Elle est le seul moyen de ne pas se sentir lié par le cirque électoral et de se ré-approprier et nos vies et nos sociétés.

Avril 2012

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 12:50

6ème Salon du livre libertaire

http://www.demosphere.eu/node/27992

  • Ven­dredi 11 mai de 14 h à 21 h
  • samedi 12 mai de 10 h à 20 h
  • dimanche 13 mai de 10 h à 16 h
  • 

Entrée à prix libre

 

Affiche-salon-du-livre-anarchiste-2012.jpg

 

Depuis les années 90, près d'une centaine de maisons d'édition et des revues se revendiquant de "l'esprit libertaire" ont vu le jour. Elles ont souvent peu de moyens, la plupart n'ont pas de salariés. Mais avec conviction et inventivité, elles prouvent que le point de vue radical "Anar" reste, dans le climat de crise du capitalisme, plus qu'indispensable. De la brochure à l'ouvrage savant, en passant par la BD ou l'affiche, cette production abondante traite aussi bien des grands classiques de l'Anarchisme que de sujets politiques actuels.

Cinq jours après l'élection d'un nouveau Président de la République Française, qui aura peu de chances d'être adhérent à la Fédération Anarchiste... (!) cette dernière ouvre son 6ème Salon du livre libertaire : du 11 au 13 mai 2012, à L'espace d'animations des Blancs Manteaux (Paris IVème) :

Trois jours de rencontres, 70 éditeurs présents, plus d'une centaine d'auteur-e-s invités, 20h de débats, des projections documentaire, des émissions de radio en direct du salon, un mur vidéo anticlérical... un petit bar et une restauration légère.

Les nouveautés de l'édition 2012 :

Cette année, le salon ouvrira ses portes dès le vendredi 11 mai à 14h00. Par ailleurs, nous avons invité nos compagnons Suisses (francophones, alémaniques ou italophones) à venir présenter leur production éditoriale. Ce sera aussi l'occasion de découvrir le programme de la Conférence internationale de Saint Imier qui se tiendra en août 2012 dans le Jura Suisse.

La création de l'espace livres neufs à prix cassés.

Plus de 20h de débats (répartis sur les 3 jours) sont prévus :

  • Idées reçues sur l'anarchisme
  • l'Alternative Anarchiste en Actes
  • l'Éducation
  • Faut-il s'indigner, désobéir ou se révolter ?
  • Décroissance et partage des richesses
  • Avenir des médias libres
  • Ré-inventer la grève générale
  • 

Chaque journée commencera par la projection d'un documentaire.
Au programme : Victor Serge, la Guerre d'Espagne...

Enfin, Radio Libertaire (89.4 fm) invite ses consoeurs de Paris et de province à animer et diffuser directement leurs émissions depuis le salon. Un studio leur est dédié à cet effet.

Source : http://salonlivrelibertaire.radio-libertaire....
Source : http://www.librairie-quilombo.org/Salon-du-li...

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 22:30

http://resistance71.wordpress.com/2011/11/16/crise-economique-et-systemique-lalternative-de-la-gestion-directe/

Gestion directe de nos communes

Pour que personne ne décide à notre place 

Par le Groupe Louise Michel (Fédération Anarchiste)

L’alternance politicienne entre la droite et la gauche, avec leurs alliés de tout le spectre de la « démocratie » parlementaire, nous a clairement démontré combien les politicards font preuve d’efficacité, lorsqu’il s’agit de favoriser les profiteurs qui s’engraissent sur notre dos.

Au nom d’une gestion réaliste de notre vie commune, ils nous imposent une économie de plus en plus libérale où la société est cogérée par les « décideurs » : représentants des multinationales, du patronat, leaders d’opinions, responsables des partis dit politiques et de certains syndicats. Ceux-ci tiennent bien serrées dans leurs mains les rênes de l’économie, gèrent le capital, et cherchent à travers la « politique » à contrôler totalement notre existence. On veut nous faire croire que ce mode de gestion est le seul possible et qu’à défaut de pouvoir lutter contre le capitalisme, il faut se contenter de le gérer le mieux possible.

Attention !

La globalisation croissante de l’économie est en train de dissoudre les intérêts des populations locales dans ceux des cartels financiers internationaux. Cette concentration du pouvoir économique mondial s’accompagne d’une centralisation du pouvoir politique qui amène de fait une nouvelle forme de totalitarisme qui, si nous n’y prenons garde, risque de balayer à terme toute forme de démocratie ! Oublier l’histoire, c’est se condamner à la revivre. Devrons-nous attendre en moutons résignés l’avènement d’une dictature souhaitée par certains aujourd’hui, ou choisirons-nous la voie de la responsabilité et de l’égalité ?

La lutte pour la gestion directe

Que personne ne décide à notre place ! Organisons la solidarité et l’entraide entre les habitants de nos communes contre les affairistes. Préparons-nous à remplacer l’État, institution parasite et étouffante, par une organisation fédéraliste des différents secteurs de la société. Demain, gérons nous-mêmes, directement, nos cités et notre travail. Supprimons les inégalités sociales et économiques.

Après l’échec à l’Ouest, à l’Est, au Sud et au Nord de toutes les doctrines autoritaires (coloniales, démocratiques, dictatoriales ou théocratiques), luttons pour une société libertaire ; débarrassons-nous des gouvernants et des patrons.

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Les principes

Les principes de gestion directe communale telle que les libertaires la conçoivent sont clairs.

Ils supposent :

• Le fédéralisme, agent de coordination en remplacement de l’État, qui est un agent de coercition du système capitaliste.

• Des assemblées générales souveraines.

• Le mandatement impératif des délégués.

• La révocabilité des délégués élus.

• Des Comités de quartier et par thèmes transversaux (culture, éducation, transports…)

• Une socialisation des services avec des décisions prises par un collège comprenant :

- Les usagers de ce service.

- Les citoyens de la commune.

- Les personnes travaillant à faire fonctionner ce service.

Nous nous démarquons de cette démocratie participative mise à la mode – comme par hasard – à la veille des élections. Chrétiens progressistes, marxistes modernistes, et certains écologistes, ne vous proposent que d’améliorer l’information et la consultation des citoyens sur des décisions qu’ils auront déjà prises. L’utilisation du terme « gestion directe » indique clairement qu’il faut inverser complètement le processus d’élaboration des décisions afin que NOUS restions maîtres de notre avenir.

La gestion directe… Pour quoi faire ?

La participation à la gestion d’une commune n’a d’intérêt pour un citoyen que si elle transforme ses conditions d’existence. Gérer en commun une municipalité, alors que celle-ci conserve ses structures étatiques et les inégalités économiques, consisterait pour les citoyens à gérer eux-mêmes leur propre asservissement, leur propre misère. Ce qui caractérise les structures étatiques ce sont :

• La hiérarchisation des responsabilités et des décisions.

• L’assujettissement de tous à quelques-uns.

• Les inégalités sociales et économiques.

• L’existence d’une classe dirigeante privilégiée.

Demain, si dans la commune gérée directement, il reste des différences économiques ou sociales, il se reconstituera une nouvelle classe dirigeante, qui défendra par tous les moyens ses privilèges. Les anarchistes pensent contrairement aux marxistes avec leur période de transition, qu’il faut supprimer immédiatement tous les privilèges de classe sans exception.

Les citoyens se demandent ce qu’ils peuvent gagner à la gestion directe de leur commune. Ils pèsent les avantages et les inconvénients qui en résulteront pour eux et dont le principal est la responsabilité : c’est celui qui les fait le plus réfléchir car celle qu’ils assureront dans leur commune engagera celle de leurs conditions de vie.

Nous touchons ici au problème humain, celui des hommes et des femmes devant la responsabilité, celui de la quiétude qui résulte d’une certaine servilité, surtout lorsqu’elle s’assortit de conditions d’existence, morales et économiques, acceptables.

Il est possible d’avancer des raisons solides qui peuvent nous convaincre que les citoyens auraient intérêt à gérer eux-mêmes directement leur commune. Il y a la maîtrise de leur cadre de vie, de leur environnement ; une meilleure gestion des services au public, qui plutôt que d’être gérés en fonction de leur rentabilité financière ou électorale, le seraient réellement en fonction de leur utilité sociale déterminée par tous…

Agir au lieu d’élire

Nous ne pouvons pas nous contenter de dénoncer, de critiquer et d’émettre des principes, sans proposer des moyens concrets de mettre ces principes en œuvre.

Au niveau communal, il est possible d’organiser des contre-pouvoirs, en mettant en place des assemblées parallèles de citoyens élaborant des contre-propositions à la gestion municipale. Dès aujourd’hui nous nous battons pour :

• Les transports gratuits pour tous ;

• La gratuité de la santé de proximité ;

• Un accès libre et gratuit à tous les espaces et services culturels (bibliothèque, salles de réunion, de répétition…)santé socialisés accessibles à tous (Espagne 1936)…

Tout cela nous montre que la gestion directe d’une commune, si ce n’est pas une idée nouvelle, c’est le moyen le politique dynamique portée vers l’avenir car conçue et appliquée par tous.

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 20:20
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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 22:38

http://groupe-segui.blogspot.com/2011/04/labstentionnisme-libertaire-de-la.html

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Politiser l’abstention
Les récentes élections cantonales et les très prochaines présidentielles (2012) sont l'occasion de remettre au goût du jour l'abstentionnisme que nous, anarchistes, portons depuis des années pour dénoncer l'illusion électorale et proposer une autre façon de prendre les décisions et, de fait, de gérer la société. D'autant que, face à une droite de plus en plus désavouée – y compris par ceux qui l'ont portée à la présidence – et une gauche désunie, qui préfère s'enliser dans des querelles de pouvoir au sein de ses partis et qui, globalement, porte un programme politique très proche de ce que propose la droite, nombre de votants sont tentés par le populisme du Front national ou une abstention apolitique. Il est donc essentiel que les anarchistes fassent valoir à nouveau une autre voie, celle d'une abstention politique, porteuse à la fois d'une critique du système démocratique parlementaire et d'un projet de transformation globale de la société.
 
Critique de la démocratie parlementaire
Le principe de démocratie parlementaire, en application dans notre pays depuis quelques siècles, est, malgré les discours répétés sur la liberté qu'il serait sensé incarner, une dépossession effective de la souveraineté individuelle et collective (populaire) puisqu’il confie la gestion de la société (autrement dit, de l’ensemble des choses qui nous concernent) à l’Etat, c'est-à-dire à quelques individus renouvelés – ou non – toutes les X années. Certes, ces individus sont au préalable élus par le peuple (c'est-à-dire, en France, par les hommes et les femmes de nationalité française âgés de 18 ans ou plus), mais une fois les élections passées, ils ont carte blanche pour faire ce que bon leur semble, qu’ils aient ou non l’appui (ne serait-ce que de la majorité) de la population qu’ils gouvernent. L’exemple actuel d’un président de la république qui, bien que désavoué par plus de 75 % des Français, tire toujours les ficelles de nos vies, est éloquent. Il en va de même pour la réforme des retraites qui, malgré un mouvement social qui jetait hebdomadairement dans les rues françaises plusieurs millions de personnes, a été adopté dans le mépris le plus total de l’opposition sociale. En réalité, donc, en démocratie parlementaire, le peuple ne dispose pas d’une souveraineté sur la gestion des choses qui le concernent, mais seulement du choix – toujours très réduit – des personnes qui le feront à sa place jusqu’aux prochaines élections où, à nouveau, il pourra recommencer la même mascarade.
 
Certains me rétorqueront qu’il est possible d’exercer – ou qu’il est possible d’instaurer – un contrôle des élus, de manière à éviter que ces derniers ne se coupent des préoccupations et des volontés du peuple qu’ils sont sensés représenter. Mais, dans une société de classes comme la nôtre – une société capitaliste – dont la démocratie parlementaire est, nous le verrons plus loin, l’un des principaux garants, comment le peuple, qui en grande partie passe son temps à travailler pour gagner sa vie, aurait-il le temps de s’intéresser aux affaires politiques dans les mains de ses représentants ? Et, quand bien même trouverait-il du temps pour y jeter un œil ou une oreille, en aurait-il encore suffisamment pour s’adonner à l’instruction, à la réflexion, à l’analyse et aux discussions nécessaires à la bonne compréhension de ces mêmes affaires ? Il est évident que non, le peuple n’a fondamentalement pas de quoi comprendre les multiples intrigues politiques que fomentent tous les jours ses dirigeants qui, rémunérés pour leur mandat, peuvent s’y adonner quotidiennement. Autrement dit, la démocratie parlementaire, en professionnalisant la politique (au sens de gestion de la société), l’a rendu inaccessible à ceux qui n’en font pas leur « travail » – les travailleurs –, leur enlevant, de fait, la possibilité de gérer eux-mêmes, collectivement, la société. Alors, non, il est clair que le peuple n’est pas en mesure de pouvoir exercer un véritable contrôle sur ses élus. Et, de fait, la démocratie parlementaire n’est pas une « démocratie » au sens propre du terme (pouvoir du peuple), mais une oligarchie, puisque la gestion de la société repose dans les mains d’un groupe d’individus incontrôlables.
 
Basée sur le vote majoritaire, la démocratie parlementaire implique toujours la soumission et le désaveu des souhaits d’une partie, souvent très large, de la population. Car dans ce système, seule suffit l’obtention de l’accord d’une majorité pour, après une élection, confier à quelques individus la gestion de toute une société ou, après un vote dans les instances décisionnaires gouvernementales, pour valider une loi. La minorité, quelle que soit son importance, n’a rien à dire et ses souhaits ne sauraient être pris en compte. L’exemple des dernières élections présidentielles qui portèrent au pouvoir un individu réprouvé par presque la moitié des votants (46,94 %) suffit à en témoigner largement. Même s’il est toujours préférable que ce soit une majorité qui décide plutôt qu’une minorité, la démocratie parlementaire n’offre cependant aucune possibilité pour que la minorité ne soit pas complètement exclue et rejetée : aucun consensus n’est recherché, ni possible.
En outre, bien que toujours brandie comme le meilleur des systèmes, comme le modèle à suivre mondialement, force est de constater, sans difficulté aucune, que la démocratie parlementaire n’a jamais éliminé les inégalités sociales, l’exploitation économique et les rapports de domination dans la société. Au contraire, non seulement elle ne les a pas supprimés, mais elle les a aussi entretenus. Car, fondamentalement, le principe électoral de la démocratie parlementaire est là pour choisir au fil du temps les individus qui composent l’appareil étatique. Et en renouvelant ainsi systématiquement, à des échelles de temps et de hiérarchie interne différentes, ses forces vives, le principe électoral contribue à pérenniser l’existence de l’Etat. Or, celui-ci étant le principal rempart du capitalisme, puisque créé pour maintenir une « paix sociale » destinée, il va de soi, à préserver les intérêts des puissances économiques qui l’ont construit, on ne peut espérer voir un jour les élections changer en profondeur la société.
 
De même, ce lien naturel et inévitable entre la démocratie parlementaire et l’existence de l’Etat, outre le fait qu’il condamne les élections à ne pouvoir jamais changer fondamentalement la donne sociale, impose au peuple le principe même de l’existence d’un gouvernement. On ne lui demande jamais, en effet, de se prononcer sur le bienfondé de l’idée gouvernementale, mais sur les gens qui l’incarneront ou, à la rigueur, sur la forme qu’elle prendra (république, monarchie parlementaire, etc.) L’idée de gouvernement étant ainsi admise de fait et non discutable, la démocratie nous condamne à vivre sous l’autorité. Le choix qu’elle nous offre en matière de politique est donc extrêmement réduit et est à relativiser largement.
 
Si la légitimité du système démocratique parlementaire demeure toujours importante dans l’opinion publique, elle ne l’est plus autant depuis quelques années, un certain nombre d’individus s’étant concrètement rendu compte de ses limites, certains en constatant la dépossession de souveraineté individuelle et collective qu’elle incarnait, d’autres ne croyant désormais plus à sa capacité à répondre au problème social. Les taux d’abstention records obtenus aux échéances électorales de ces dernières années témoignent clairement de cette baisse de confiance dans le bulletin de vote. Sans doute inquiétés par cette désertion des urnes, nos dirigeants et autres politiciens se sont empressés, à grands coups de critiques de l’abstention et de culpabilisation des abstentionnistes, de renverser la donne. Parmi eux, et notamment du côté de la gauche socialiste, certains se sont mis à proposer une « démocratie participative », pensant ainsi répondre, avec des illusions, au problème posé par la mise à l’écart des citoyens des prises de décision. Dans cette logique, on a pu voir fleurir, ces dernières années, des conseils de quartier, des assemblées de citoyens et autres réunions organisées par (ou avec) les autorités municipales et pendant lesquelles on nous agite le hochet de la démocratie participative. Mais, en réalité, les prises de décisions auxquelles peuvent participer les citoyens dans le cadre de ces instances s’inscrivent toujours sur une petite échelle, celle du local, et frôle parfois la superficialité méprisante (comme, par exemple, choisir la peinture des grilles du parc du quartier…). Cette participation ne concerne, et ne concernera jamais dans ce cadre, des décisions importantes, touchant les domaines clés de la vie de la société (comme l’économie, par exemple), sur des échelles plus larges que celle des rues du quartier. Au fond, sous couvert de donner aux citoyens la possibilité de s’exprimer et de participer aux prises de décisions, la démocratie participative telle qu’elle est aujourd’hui pratiquée par les autorités municipales ressemble davantage à de la com’politique qu’à une volonté d’instaurer une véritable gestion sociale. Ce n’est pas une alternative à la démocratie parlementaire, ce n’est qu’une tentative de lui redonner un peu de légitimité auprès de ceux qui n’y croient plus.
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Réflexions autour d’une gestion sociale directe
Beaucoup d’anarchistes ont coutume d’opposer l’autogestion à la société démocratique parlementaire mais, personnellement, et même si cela recouvre les mêmes propositions, je préférerais parler de socialisme libertaire, terme qui me semble plus approprié (les choses ne se gèrent jamais toute seules automatiquement, mais seulement sous l’action humaine, sociale). Le socialisme libertaire – ou, pour ceux qui préfèrent, société autogérée – est un système dans lequel la gestion de la collectivité est sociale, c'est-à-dire qu’elle permet et implique la participation effective de l’ensemble des individus qui y vivent. Pour ma part, cette gestion sociale s’articulerait autour de deux types de structures sociales qui constituent la base de la société : les syndicats – c'est-à-dire les organisations rassemblant les travailleurs – et les municipalités – c'est-à-dire les structures réunissant l’ensemble des individus formant une collectivité, travailleurs ou non. A cela, nous pourrions rajouter la fédération qui permet d’établir un lien permanent entre les collectivités pour une gestion sociale à grande échelle. Prenons le temps de s’attarder un peu sur une telle organisation de la société.
 
Les syndicats, qui rassemblent les travailleurs d’une même profession, auraient en charge la gestion de l’économie. Ce sont eux qui organiseraient le monde du travail, la production et la distribution. Par leur biais, l’ensemble des travailleurs participeraient à la gestion de leur lieu et de leur outil de travail : organisation du temps, méthode de travail, gestion technique et administrative de l’entreprise, etc. Les travailleurs ne seraient ainsi soumis à aucune autorité patronale, sauf s’ils choisissaient eux-mêmes de se doter d’une hiérarchie (mais c’est peu probable, du moins espérons-le).
 
Par souci de coordination et d’organisation, et parce que la société de demain ne devra pas fonctionner que sur une petite échelle locale, les syndicats devraient rassembler les travailleurs à plusieurs niveaux, comme c’est le cas, actuellement, dans le syndicalisme de lutte : à l’échelle de l’entreprise, à l’échelle de la profession, et à l’échelle de l’industrie. Prenons, par exemple, la fabrication de jeans : les travailleurs s’organiseraient à l’échelle du lieu dans lequel ils fabriquent ce type de pantalons, à l’échelle de la profession des fabricants de jeans (rassemblant toutes les entreprises donnant dans cette activité), et à l’échelle de l’industrie du textile (rassemblant toutes les entreprises du textile).
 
Les syndicats seraient donc le cadre d’une gestion sociale du travail, dans laquelle l’ensemble des travailleurs serait pleinement impliqué, tant dans la production que dans le fonctionnement de l’entreprise. Ils ne seraient plus seulement des travailleurs, ils seraient aussi acteurs et décideurs de l’organisation de l’ensemble du secteur professionnel auquel ils appartiennent. De cette manière, ils disposeraient d’un plein contrôle de leur activité : ils ne travailleraient plus pour et sous les ordres d’un patron, mais pour eux-mêmes, pour la société et, surtout, comme ils l’auraient décidé ensemble. Il ne s’agirait même plus de gestion participative du travail, mais de gestion collective : personne n’appellerait les travailleurs à participer à la gestion de quoi que ce soit, ce seraient eux qui, collectivement, organiseraient la vie et l’aménagement de leur travail, tant sur une échelle locale que globale.
 
La municipalité, quant à elle, réunirait l’ensemble d’une collectivité (c'est-à-dire un ensemble de personnes librement associées entre elles sur des bases géographiques et/ou affinitaires), travailleurs ou non. Ce serait l’élément central et souverain de la gestion sociale. Ce serait elle qui définirait les besoins de la collectivité et qui, selon cette définition, fixerait aux syndicats les quantités et les qualités de biens et de services à produire. Le fait que cette définition de la production revienne aux municipalités et non aux syndicats est essentiel pour s’assurer que ceux qui ne travaillent pas – enfants, vieillards, invalides, etc. – ne soient pas rejetés et qu’ils puissent eux-aussi voir leurs besoins comblés en étant acteurs des décisions prises au sein de l’assemblée. En revanche, du moment que les besoins définis par la collectivité sont remplis, la municipalité n’aurait pas son mot à dire dans l’organisation interne du travail, celle-ci ne relevant que des travailleurs qui en sont les seuls concernés.
 
La municipalité serait également l’instance à travers laquelle la collectivité gérerait son espace public (aménagement urbain, etc.). C’est aussi à elle que reviendrait l’organisation de la gestion des tâches indispensables qui pourraient être délaissées dans un système qui se refuse d’imposer à qui que ce soit une profession qu’il ne voudrait faire (par exemple l’entretien urbain, la circulation, etc.). Ces tâches seraient confiées par roulement à l’ensemble « capable » de la collectivité.
 
Tout comme les syndicats, il serait impératif que les municipalités se rassemblent et se fédèrent entre elles sur différentes échelles géographiques, de manière à tisser des liens et des interconnexions permanentes. La fédération, structure nécessaire à la gestion d’une société globale et non pas seulement locale, permettrait d’établir la « centralisation » indispensable à l’exécution de décisions débattues et prises par les structures de base (municipalités, syndicats) au sein des structures fédérales, et concernant des projets collectifs, de grande ampleur, tels les transports (chemins de fer, autoroutes, etc.), les communications (téléphone, internet, etc.), le réseau des institutions sanitaires (hôpitaux), etc.
 
Evidemment, selon les échelles géographique et démographique sur lesquelles s’organiserait une semblable gestion collective – aussi bien au niveau des syndicats, des municipalités et des fédérations –, la tenue des assemblées nécessiterait inévitablement la mise en place de délégations représentatives : au-delà d’un certain nombre de concernés, les assemblées ne pourraient se tenir qu’avec des délégués. Mais, inscrites dans une démarche libertaire, ces délégations ne devraient reposer que sur des mandats clairs et contrôlés : chaque délégué ne pourrait venir porter et soutenir à l’assemblée que le discours élaboré et validé par ceux qui l’auraient mandaté. Outre la délégation représentative, le mandatement serait aussi essentiel et nécessaire au fonctionnement de la société (notamment administratif) car, là encore, il va de soi qu’il sera impossible que tout un chacun s’occupe de tout tout-le-temps, ne serait-ce que du fait que tout le monde ne dispose pas de l’expérience, de la connaissance et de la disponibilité requises pour mener à bien telle ou telle tâche. Mais, afin que le mandaté ne se transforme pas en « chefaillon » de par ses responsabilités, il serait soumis, tout comme le délégué, au contrôle de son activité par l’assemblée. S’il venait à sortir des cadres de son mandat, ou s’il l’accomplissait d’une piètre façon, il pourrait se voir révoqué dans l’immédiat, qu’il ait ou non fini la période pour laquelle il aurait été nommé. Ainsi les mandatés, choisis pour une tâche définie et une durée limitée, pouvant être contrôlés et congédiés par l’assemblée, seraient dans l’incapacité de transformer le pouvoir temporaire dont ils disposent en instrument de domination.
 
Pour finir, et afin de rompre avec ce que l’on a appelé la « dictature de la majorité », les prises de décisions au sein des assemblées – que ce soient celles des syndicats, des municipalités ou de la fédération – se feraient après la recherche préalable d’une unanimité, imposant ainsi le débat, la transparence et la mise en place d’un consensus, et évitant les manipulations et autres coups bas si fréquents lorsqu’il s’agit de simplement conquérir à tout prix une majorité. Si toutefois l’unanimité n’était pas obtenue, c’est l’avis majoritaire qui l’emporterait. L’on pourrait ici me rétorquer que ce serait retomber dans les travers de la démocratie parlementaire, mais il n’en est rien. Car ce n’est pas le vote au suffrage universel qui est critiquable en soi, mais son usage au sein d’un système d’exploitation et de domination politico-économique où, comme nous l’avons vu précédemment, il est utilisé comme un moyen de pérenniser l’appareil étatique et les intérêts de la bourgeoisie capitaliste. Mais, dans une société anarchiste, où il n’y a donc plus ni aliénation économique ni oppression politique, le vote au suffrage universel demeure le moyen le plus juste pour prendre des décisions qui ne parviendraient pas à faire consensus. Car il va de soi, que, comme dans toute vie sociale, des décisions devront être prises constamment en société libertaire, et, même si l’unanimité n’est pas obtenue, il faudra tout de même bien choisir et se décider, au risque de tomber dans un immobilisme destructeur. Dans ce cas là, le vote au suffrage universel sera toujours meilleur que, comme le disait Michel Bakounine, « le suffrage restreint [ou] le despotisme d’un seul »[1]. Professer le contraire, s’opposer au principe même de vote comme dernier recours à une prise de décision, reviendrait à, une fois de plus, nous déconnecter de la réalité.
 
Il va de soi qu’il ne s’agit là que de quelques pistes de réflexion autour d’une gestion sociale de la société, et non d’un quelconque programme politique destiné à diriger le mouvement social. Ce ne sont que quelques orientations nécessaires, mais à creuser davantage, car, comme le disait Pierre Besnard, « il faut, j'en suis absolument certain, laisser à l'improvisation le minimum de travail. On improvisera toujours trop, parce qu’on n’aura pas assez préparé. Trop de défaites viennent de la marge trop large laissée à l'improvisation de bavards ignorants ou gens bien intentionnés mais incapables. Sans vouloir enfermer la vie dans un cadre rigide, il faut savoir, au moins d'une façon générale – et détaillée si possible - ce qu’on veut, où l'on va et comment on veut y aller »[2].
 
Le dogme abstentionniste
L’abstentionnisme ainsi conçu – l’abstentionnisme libertaire – n’est plus le synonyme d’un désintérêt pour les affaires et la vie de « la Cité », mais la caractérisation d’un rejet et d’un refus de participer à des mécanismes de pouvoir qui non seulement nous dépossèdent de la capacité à gérer nous-mêmes collectivement notre société, mais rendent aussi quasi impossible toute transformation sociale profonde. Et, à partir de cette critique, l’abstentionnisme est également une force de proposition d’un autre type de société dans laquelle tout un chacun serait partie prenante des prises de décisions. Pour autant, gardons-nous d’ériger l’abstentionnisme en dogme « sacro-saint » qui biaiserait la rationalité de nos raisonnements. Car, dans certaines situations, prendre part à la mascarade électorale en allant mettre son bulletin dans l’urne peut s’avérer stratégique. Ce fut le cas, par exemple, en 1936 lorsque la centrale anarcho-syndicaliste CNT appela les ouvriers à se rendre aux urnes pour voter massivement en faveur du Front populaire, et ceci afin de permettre, en cas de victoire, que les 30 000 prisonniers politiques qui croupissaient dans les geôles de la république soient libérés. Devant de telles situations d’urgence pratique, il est évident qu’il faut savoir dépasser ses postulats idéologiques. Les dogmes n’ont jamais rien eu de bon, évitons-donc d’en ériger de nouveaux, fussent-ils libertaires.
Guillaume Goutte
Groupe Salvador-Segui
de la Fédération anarchiste
Article publié dans Le Monde libertaire n°1631

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[1] « La situation politique en France », Lyon, le 29 septembre 1870-début octobre 1870.
[2] Pierre Besnard, Les syndicats ouvriers et la révolution sociale, Le Monde nouveau, 1978.
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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 23:23

http://quartier-pirate.blogspot.com/2011/05/21-mai-paris-manifestation-pour.html

 

Le 21 mai 2011, la Fédération anarchiste organise une manifestation pour faire connaître les théories et pratiques autogestionnaires.
Cette manifestation sera l'aboutissement d'une semaine de débats, projections, mobilisations diverses autour de l'autogestion.
Alors que nos mobilisations sont le plus souvent "contre", ou "anti", il nous semble nécessaire de proposer des perspectives de changement et des pratiques alternatives au système actuel.
Hasard du calendrier, cette journée de mobilisation tombe le même jour que la réunion du G8 au Havre. Raison de plus pour nous de faire le lien entre leur monde, leur système, et notre volonté de bâtir une autre société sur des bases libertaires.
Le départ de cette manifestation aura lieu le 21 mai 2011 à 14H, métro Belleville, à Paris.
Nous invitons les individus, organisations politiques et syndicales, structures diverses, collectifs, coopératives et entreprises autogérées à prendre part à cette manifestation en nous rejoignant.
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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 15:16

http://ligne7.hautetfort.com/archive/2011/03/23/ligne-7-1-et-2.html    

couverture ligne 7 2

 

Après 3 années de retard, le second numéro de Ligne 7 sort  en mars 2011 avec au sommaire une longue interview de David (Mononoké zine, Kawaïï records, etc.), deux textes : "Le mouvement de la libération animale" et "Ce qu'il y a de politique dans la contrainte à l'hétérosexualité" ainsi que des chroniques et des contacts.

Il fait 28 pages A5 et est disponible contre un échange ou à prix libre (dont 0.95 euro de frais de port pour la France. Désolée, la Poste ne pratique pas le prix libre !).

Vous pouvez aussi le découvrir en intégralité via le pdf : Ligne 7 numéro 2.pdf

 

Le 1er numéro est une une newsletter de 4 pages A4 qui contient une interview de la Pétroleuse (vpc subversive de livres, zines, revues, badges, etc), quelques petits textes et des chroniques de livres et films. Disponible contre un timbre ou gratuitement si commandée avec le second numéro. Le pdf est ici : ligne 7 numéro 1 +.pdf

Pour tout contact : ligne7 [at] no-log.org

L'adresse du blog : http://ligne7.hautetfort.com

 

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 22:07

link http://www.non-fides.fr/?De-Sidi-Bouzid-a-Bab-el-Oued

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