Mais avec cette nouvelle publication, Le Jardin de Shahrzad de Vida, des auteures iraniennes anonymes, tu vas encore plus loin dans la diversification. Qu’est-ce qui t’a tout d’abord motivée pour éditer ces auteures ?
Dès la création de KTM éditions, j’ai souhaité publier des textes que l’on ne trouvait pas ailleurs. La littérature lesbienne est florissante dans le monde anglophone, mais elle offre toujours la même vision des choses. Pour une fois qu’il m’était donné l’occasion de proposer un texte qui présentait une autre réalité, certes moins rose, mais largement aussi intéressante, je ne pouvais pas passer à côté. Dans Le Jardin de Shahrzad, la vie des homos n’est pas dépeinte de manière racoleuse. C’est un livre qui, tout en étant sincère et réaliste dans ses propos, offre un véritable panorama de la vie quotidienne, nous fait découvrir la culture iranienne et donne envie de s’intéresser à ce pays, trop souvent réduit aux faits et gestes de ses dirigeants.
De quelle manière as-tu eu connaissance de leur manuscrit ?
Il m’a été recommandé par une amie de l’une des auteures qui me l’a fait parvenir en italien. J’ai tout de suite compris l’importance de ce texte et la nécessité de le faire découvrir au public francophone.
Avant la découverte de leur manuscrit, étais-tu sensibilisée à la condition des homos dans les pays islamiques ?
Je m’intéresse depuis très longtemps au Proche et au Moyen-Orient, en règle générale. Je lis régulièrement des lettres d’infos qui relaient les événements internationaux touchant la communauté LGBT et malheureusement les pays islamiques sont souvent à la une pour des faits défavorables. Mais ils ne sont pas les seuls : l’Afrique n’est pas en reste et sans aller aussi loin, il me semble qu’en Russie où en Pologne les choses ne sont pas simples non plus. Le souci c’est que l’info ne nous parvient pas facilement et que les médias gays préfèrent souvent mettre l’accent sur le glamour des États-Unis plutôt que sur la réalité du quotidien dans le reste du monde.
Penses-tu qu’il est de notre devoir d’occidentales libres – ou presque – de vivre notre homosexualité, de faire connaître au reste du monde les conditions particulièrement inhumaines dans lesquelles vit une partie de la communauté gay mondiale ?
Effectivement, je considère qu’il est indispensable de profiter de notre liberté pour soutenir et défendre ceux et celles qui n’ont pas notre chance. Cela ne doit d’ailleurs pas se limiter aux homos, mais concerner toutes les personnes dont la liberté est entravée, ici ou ailleurs.
As-tu rencontré des difficultés particulières pour publier ce roman ? Des résistances de la part des diffuseurs, par exemple ?
Absolument pas. De manière tout à fait fortuite, ce livre sort dans une période où l’Iran est à la une de l’actualité et tous les libraires que j’ai rencontrés ont salué la parution de cet ouvrage. Il existe une vraie curiosité, un réel besoin d’information pour aller au-delà des idées à l’emporte pièce dont ont nous abreuve. Il est même en vente à l’Institut du Monde Arabe, à Paris, car que ce soit en Iran ou dans les pays arabes, la question de l’homosexualité est problématique.
En tant qu’éditrice, la visibilité des gays et des lesbiennes est-elle primordiale pour toi ?
Naturellement, depuis le début je m’efforce de publier des textes qui présentent des images de l’homosexualité les plus diverses et je fais en sorte que ces ouvrages soient disponibles dans les lieux généralistes afin d’aller à la rencontre d’un lectorat varié, mais aussi d’affirmer l’existence de cette littérature et de lui offrir la plus large visibilité possible.
Plus généralement, quelles sont les motivations d’une maison d’édition LGBT dans une société comme la nôtre qui peine encore à nous reconnaître des droits ?
Nous sommes dans une société de communication. On a une place que si l’on prend la parole. Les associations travaillent à faire évoluer les lois. Et à côté, les livres et les films font évoluer les mentalités. Il faut se rappeler que lorsque nous avons commencé, en 1998, le Pacs n’existait pas, il n’y avait pas de rayon gay dans les librairies… Lorsque j’ai des doutes face aux difficultés du moment, je pense au travail accompli ces dernières années par les éditeurs LGBT et aux portes que nous avons réussi à ouvrir. Il est indispensable de continuer à se battre pour exister car ces portes pourraient trop facilement se refermer et les préoccupations des homos passer à la trappe.
Pour finir, quel est le premier ouvrage lesbien, ou à connotation lesbienne, que tu aies lu ?
Claudine à l’école de Colette

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